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Otto Haase

Belle
Photographie


Eros vainqueur

Le « Pas de deux » des étoiles du ballet de l'Opéra de Vienne, que développe Otto Haase dans sa suite de photographies, trouve sa source dans La Belle et la Bête. le conte fantastique de Madame Leprince de Beaumont.

Jean Cocteau en fit l'argument de son film-culte. Ce mystère de l'amour, si proche de la haine avait valu au Marquis de Sade ses séjours en prison avant qu'il inspira à Sacher-Mosoch sa Vénus à la fourrure. Oscar Wilde situait l'enfer de l'amour au Jardin des Supplices. Ce processus de fascination triomphe en concert dans Salomé et la danse des sept voiles de Richard Strauss.

Chez Haase, l'acte amoureux couronné par le baiser de sang n'a de support que la luisance des corps sur papier glacé. Précautions moralisatrices, objectivité esthétique ou pudeur d'expression ? Elles ressortent moins d'une éducation rigide que du raffinement hérité de l'ancien Empire austro-hongrois.

En lever de rideau, une ballerine exposée aux feux de la rampe; elle a charge de subordonner l'homme, le rendre à merci. Son partenaire n'a d'ailleurs d'homme que le nom. Captif de ses sens, tel un Bourgeois de Calais, il comparaît en chemise. En fait : nu, car sous la chemise il y a toujours la peau et la montée du désir comme une souffrance offerte. Sa passion confinant à la folie le fige dans un drapé aux pans aussi rigides que les arêtes d'un silex.

Mais, l'énoncé du processus de séduction et sa violence acceptée vont inverser les rôles. L'excitation devient passion commune. L‘incandescence, où chacun des partenaires trouve gloire et profit, asservit, terrasse, foule, déchire et pénètre la femme engloutie dans la volupté partagée. La danse culmine en une jouissance parfaite du couple, synonyme d'harmonie. Erotisme fugace aux frontières des parfums, les photos exposées chez Annie Chevalley peuvent combler le vide d'un quotidien prosaïque ou offrir un dérivatif aux frustrations du spectateur réduit à répondre aux petites annonces promettant un « plus s’il y a affinités ».

Etienne Chatton, conservateur

Centre international de l'Art fantastique.